V&A illustration Awards : Un livre pour les enfants qui aiment les belles images

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Aimer les livres, c’est parfois tout simplement aimer leurs illustrations et certains livres sans paroles capturent notre imagination plus fermement qu’un récit. C’est le cas du livre de Laetitia Devernay « The Conductor »- Chronicle Books 2011

J’ai découvert ce livre inclassable, à la fois poétique, graphique et musical en visitant le Victoria and Albert Museum à Londres, lequel expose chaque année les lauréats du V&A Illustration Awards. Chaque année la sélection est fascinante et stimulante et cette année, le prix est allé à une illustratrice et écrivain française pour un livre sans texte mais dont on suit le fil narratif à travers une série de très belles illustrations.

C’est à la fois un livre pour enfants de tous âges et un livre d’artiste: De page en page on suit un petit personnage en queue de pie, qui, armé seulement d’un baguette, donne vie à toute une forêt! On a l’impression d’entendre la musique dans le frémissement des feuilles et dans la danse ensorcelée qui saisit chaque page tandis que le petit chef d’orchestre anime et dirige l’ensemble. Un livre unique, impossible à résumer et qui m’a séduite parcequ’il transcende toutes les langues et prouve que la poésie et l’art peuvent se partager par delà les barrières linguistiques.IMG_3084 IMG_3085 IMG_3086 IMG_3087

Relisant Candide Ou L’Optimisme

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Je goûte le plaisir de relire « Candide ou l’Optimisme » dans l’adorable réédition Folio Anniversaire sortie en 2012 avec d’inénarrables illustrations de Quentin Blake.

Je fonds déjà en palpant la couverture violette, veloutée et tactile. Un bien bel objet !

A l’intérieur, les aquarelles tendres et drôles de Quentin Blake accompagnent les aventures rocambolesques de Candide, passant du vieux au nouveau monde et retour.

La langue simple et belle, le ton ironique du narrateur, me procurent le même plaisir que lors de ma première lecture et peu de livres tiennent leurs promesses deux fois !

Candide sera chassé de son château, enrôlé de force, fouetté, mis en prison, perdra toutes ses richesses, sa maîtresse la belle Cunégonde et ses amis les uns après les autres, mais malgré tous les coups de boutoir du destin aura bien du mal à remettre en cause la philosophie optimiste de son bon maître Pangloss « le plus grand philosophe de toute l’Allemagne ». Pour celui-ci en effet,  « tout est pour le mieux dans le meilleur du monde ». A cela s’oppose le réalisme du Sieur Martin : «  Travaillons sans raisonner (dit-il) c’est le seul moyen de rendre la vie supportable ». Enfin, Candide, avec le pragmatisme de l’homme d’action qu’il est devenu, conclu qu’il faut tout simplement « cultiver notre jardin ».

Voltaire est un éternel moderne, et pas seulement à cause de sa vision pessimiste du monde ! Car Voltaire ne désespère jamais des hommes et son humour pince-sans-rire est un bon antidote à la pensée frileuse et normative contemporaine.

Là où Diderot est didactique, Voltaire joue les faux naïfs et démontre ce qu’un autre ne ferait que déclarer. Voltaire est un idéaliste qui se retient, un cynique qui ne peut s’empécher d’espérer, un épicurien qui se méfie des sens : Bref, un homme véritable. Et si vous pensez que l’argumentation contre l’optimisme béat n’est plus d’actualité, reportez-vous seulement aux arguments des révisionnistes de tous bords et tenants du status quo que ce soit sur le climat ou les émissions… Ou encore l’optimisme sans remise en cause crédible qui entoure le (manque de) débat sur les OGM ! Tout est-il vraiment pour le mieux dans le meilleur de mondes?!…

Pour renouer avec l’esprit sceptique et critique des Lumières, lisez ou relisez Candide ou l’Optimisme, par Voltaire, éditions Folio.

La liste de mes envies

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Pas la mienne. Celle de Grégoire Delacourt, publiée aux Editions JC Lattès.

Je l’ai lue en faisant couler mon bain, en me couchant, en me réveillant, en prenant mon thé rouge et mon porridge, en scannant des photos, en prenant le bus, en descendant du bus, à la poste dans la file d’attente, en attendant le métro, en sortant du métro… en bousculant une amie de ma fille dans la rue qui mène à la maison!…

J’ai été happée par cette vie banale et touchante mais qui sonne vraie et vous fait réfléchir sur la vraie nature du bonheur. Une chose exceptionnelle déboule dans une existence ordinaire. Cela arrive tous les jours… Et cela remue tout et rien. Sait-ton bien quand on est heureux? … quand on aime?! Quelle est la nature du bonheur?..  Est-il possible que cette chose fragile puisse être non seulement brisée, mais félée à posteriori, par une trahison? Est-ce qu’une erreur peut annuler tout le bonheur passé? Est-ce que l’on connait vraiment les gens que l’on connait le mieux?!

L’héroïne c’est « Un coeur simple » transplanté dans une France contemporaine et frileuse, à peine effleurée par l’Internet. On pense à Flaubert et plus tard à Maupassant. Des êtres simples et des existences étroites face aux éceuils et aux tempêtes de la condition humaine. Un livre écrit sans mièvrerie mais avec du coeur et un suspens qui ne se dément pas jusqu’à la fin. D’ou ma distraction à la sortie du métro!

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Extrait : « Votre blog est inattendu. J’ai mille questions pour vous. Pourquoi chaque jour mille deux cents femmes viennent parler chiffons. Pourquoi soudain cet engouement pour le tricot, la mercerie… le toucher. Est-ce que vous pensez qu’on souffre de l’absence de contact. Est-ce que le virtuel n’a pas tué l’érotisme. Je l’arrête. Je ne sais pas, dis-je, je ne sais pas. Avant, on écrivait un journal intime, aujourd’hui c’est un blog. Vous écriviez un journal? me relance-t’elle. Je souris. Non. Non, je n’écrivais pas de journal et je n’ai aucune réponse à vos questions, je suis désolée. »

Je referme le livre. Et moi, qu’est-ce que je ferais si je gagnais un chêque de 18 547 301 euros et 28 centimes?!… Ecrire la liste de MES envies…

Le numéro 5 du magazine L’Ampoule est sorti

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Ma nouvelle « La Peur » est publiée dans ce magazine et je vous invite à en découvrir le nouveau numéro. Sur le Thême L’Homme et l’Animal », certains s’en sont donné à coeur joie!
La revue est illustrée et chaque numéro est mis en ligne dans un esprit de créativité et d’originalité qui ne laisse jamais indifférent… Les revues de création littéraire sont assez rares sur la toile pour être soutenues! Allez donc vous faire une opinion et laissez moi vos commentaires au retour, SVP.

PDF de la revue:

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/4/08/21/56/L-Ampoule-n-5.pdf

J’avais aussi participé au numéro 3 avec une nouvelle et une illustration (taille douce et eau forte), le titre de la nouvelle était « L’aîné de la famille ».

www.http://www.editionsdelabatjour.com

LAmpoule numéro 3 – Editions de lAbat-Jour

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Pour démarrer la semaine en beauté, je veux partager avec vous la nouvelle revue LAmpoule numéro 3 – Editions de lAbat-Jour.

Dans ce numéro consacré à « La gloire et l’oubli » vous trouverez l’une de mes nouvelles et une eau-forte récemment faite en atelier pour l’accompagner.

Bonne découverte!

via LAmpoule numéro 3 – Editions de lAbat-Jour.

Le Printemps des poètes

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En l’honneur du Printemps des Poètes qui commence, je vous livre un poème de Carol Ann Duffy, que j’ai traduit de l’anglais il y a déjà quelque temps. Carol Ann Duffy est l’un des meilleures poétes britanniques et elle est le « Poet Lauréate » du moment, distinction qui lui a valu quelques tonneaux de Porto et la responsabilité de quelques poèmes officiels – Elle succéde à Andrew Motion et avant lui à Ted Hughes. « Poet laureate » de Sa Majesté est une unique responsabilité dont elle s’acquitte fort bien, avec humilité et dignité, et une verve que les honneurs publiques n’ont visiblement pas étouffée.

J’aime sa poésie intimiste et pleine de tendresse pour tout ce qui vit et souffre sur terre, mais aussi relevée par un humour acide et très « pince-sans-rire », surtout dans son excellent recueil « The World’s Wife » d’où est tiré le poème qui suit.

Elle vient de publier un nouveau recueil « The bees », chez Picador.

D’après Carol Ann DUFFY

SALOME

(Traduit de l’anglais par Diane Frost)

Pas la première fois que ça m’arrive

(et sans doute que ça m’arrivera encore,

Tôt ou tard )

De me réveiller à côté d’une tête sur l’oreiller – La tête de qui ?

Est-ce que c’est important ?

Séduisante, bien sûr, peau matte, les cheveux noirs;

La barbe, quelques tons plus claire et un peu rousse ;

De profondes rides autour des yeux,

Dues au chagrin, j’imagine, au rire, peut-être ;

Et une belle bouche rouge sang qu’on sentait

Faite pour les compliments …

Que j’ai baisée…

Froide comme l’étain.

Etrange. Quel était son nom ? Pierre ?

Simon ? Antoine ? Jean ? Je sens qu’il me faut

Du thé, sans sucre, un toast grillé.

J’ai donc sonné la femme de chambre.

Et en effet, l’entrechoc anodin

des tasses et des assiettes,

son affairement à ranger,

son accent provincial léger,

étaient juste ce que je souhaitais –

Epuisée et nauséeuse comme je l’étais

Après ma nuit à battre le pavé.

Plus jamais !

Il faut que je me ressaisisse :

Reprendre de l’exercice,

Renoncer à l’alcool, aux clopes, au sexe.

Oui. Et sur ce chapitre-là,

Il était temps de se débarrasser de l’autre paumé,

Du nigaud, du falot, du pauvre idiot

Qui s’était rendu comme un agneau à l’abattoir,

Jusque dans le lit de Salomé.

Dans le miroir, j’ai vu l’éclat de mon regard,

J’ai rejeté les draps rouges et poisseux.

Et là, – comme je l’ai dit : la vie, c’est pas une sinécure –

Reposait sa tête sur un plateau.

La lettre d’amour – suite et fin

« Comment pourrais-je te refuser ça ?! En l’honneur du passé ! » As-tu dit avec un demi-sourire lorsque j’ai fais ma demande et tu t’es penché vers moi pour déposer un baiser sur mes lèvres. Cette fois, c’est moi qui suis restée un peu surprise. Etait-ce ce baiser chaste que je désirais ? Que tu désirais ?! Pourtant, je sentais confusément que j’avais bien plus à perdre que toi. Mais je me sentais aussi glisser vers toi, vers ta bouche féminine, vers ton odeur un peu boisée, vers ton ombre de plus en plus indistincte. Tu m’as regardée, indécis, avec émotion :Un appel intense dans ton regard. Aucun de nous n’a trouvé le mot qu’il fallait dire. Le mot qui nous aurait retenu au bord du gouffre. Peut-être n’existait-il aucun mot.
 
Le silence était devenu si épais, si intime, que je me suis élancé contre ta poitrine et mes lèvres se sont suspendues aux tiennes. Eperdument, fougueusement. Puisque je me sentais déjà nue, déjà plus que dévêtue, quel mal y avait-il à poursuivre ?… Soudain j’étais jeune, libre et fantasque. J’étais telle que tu m’avais rencontrée, il y a des années de cela et rien d’autre ne comptait.  Je me souvenais de notre tout premier baiser dans le café enfumé en face du collège. Tu m’avais dit alors :
« J’ai rêvé depuis tellement longtemps à ce moment… »
Je ne sais pas si tu te souviens …  Mais j’ai encore le goût de tes Marlboros d’adolescent dans la bouche. Un goût de fer blanc et de chlorophylle.
 
Après le train de 14h20, Héloïse n’était pas retournée vers son banc, mais s’était assise devant une petite table en fer peinte, en face du bureau de tabac. Une pancarte noire à liseré rouge y offrait Cappuccinos et en-cas. Elle acheta au comptoir un moka parfumé dans une tasse de polystyrène et rajouta un croissant. Puis elle revint avec son plateau. Elle allongea ses jambes et reprit sa lettre. Elle se sentait lasse et presque souffrante.
Un petit chien au pelage bouclé comme un mouton, vint se lover contre ses mollets nus. Sa laine lui chatouillait les chevilles et Héloïse se baissa pour lui offrir une caresse distraite. Le chien attrapa ses doigts d’un coup de langue chaude.
 
Tu trouves que je suis forte. Enfin, tu le dis. J’ai la meilleure part, tu dis aussi. Lorsqu’on s’est retrouvé au lit, pour la première fois, le lendemain de notre baiser, tu m’as avoué que tu n’avais pas touché une femme- ta femme- depuis six mois. Moi, mon célibat était de 2 ans, mais je me suis tu et j’ai dégrafé ta ceinture avec un peu de honte : honte de mon impatience,et de la tienne. Géne causée par ton aveu et par ce qu’il taisait, surtout.
Tu aurais éclairé bien des choses si tu m’avais dit à cet instant que ta femme était enceinte de 7 mois et que c’était sa grossesse qui l’avait tenue éloignée de notre déjeuner estival entre amis.
Héloïse passa une main lasse dans ses longs cheveux. Elle était assez honnête pour savoir que cette information n’aurait rien changé – aurait juste troublé un peu l’eau, momentanément, mais ils auraient de toute façon plongé… Alors à quoi bon lui en vouloir d’avoir escamoté une petite partie de la vérité ? Avait-elle donné, elle, la moindre information sur sa vie, sur son passé proche ?!
 
J’aime que tu respectes mon jardin secret, mes silences, mon indépendance ! Les soirs où je n’ai envie de voir personne, tu l’admets. J’aime que tu me demandes toujours avant de me proposer un rendez-vous et même après un an de liaison :  « Est-ce que ça ne te dérangerait pas qu’on se voit … tel jour à telle heure… » Car tu as la délicatesse, la modestie, de penser que j’aurais peut-être quelque chose de plus important à faire, quelqu’un de plus cher à voir… Moi qui ne vis depuis un an que grâce à l’oxygène de ces rencontres furtives et souvent horriblement frustrantes…
Lorsque tu es venu me retrouver pour la première fois dans mon appartement de la Bastille, tu m’as asticoté sur ma vie indépendante et « mes goûts de mec » : le loft avec vue sur les toits et la seine, le lit devant la baie, la baignoire au milieu de la chambre. Parfois, je sens que tu me traites plus en copain qu’en maîtresse et cela m’amuse. J’en rajoute pour te plaire mieux : Tu adores que je t’emmène en moto ! Tu t’émerveilles de ce que j’apprécie encore de rouler une cigarette ou un joint le vendredi soir alors que je n’ai jamais fumé, ado. Tu t’attendris sur le fait que j’ai encore toutes nos photos de classe ; et même plusieurs de mes médailles d’athlétisme…

–       Si tu avais été mariée, je te garantis que tu aurais bazardé tout ça !

–       Tu crois ?

–       Je le sais !

 

Aujourd’hui, tu ne fumes plus de Marlboros, tu fais du yoga près du bureau et du tennis le dimanche au Bois. Tu prends du zinc pour le tonus et des omégas contre le ramollissement du cerveau. Tu me poses des questions sur tes télomères depuis que je t’ai expliqué mon travail sur cette « queue » du chromosome qui se raccourcit à chaque division de cellules et dont l’érosion contribue au processus du vieillissement. Tu me demandes de trouver vite une façon de permettre à ces extrémités si précieuses de repousser ! « Ne serait-on pas capable bientôt de réécrire le Livre de la Vie ? » répètes-tu avec cette obstination confiante des non scientifiques qui s’évertuent encore à croire mordicus que tout s’expliquera un jour par la science… J’aime ton utopie..!
 
Les yeux d’Héloïse se posèrent sur une pile de magazines, près du comptoir : « Une grossesse à 40 ans » titrait l’un d’eux sur la photographie d’un petit ventre rebondi de nourrisson.
Pour mes 40 ans, en Avril dernier, je me suis offert une Harley et une soirée « salsa» entre filles. On s’était faite belles, juste pour nous, sans hommes  et ça tu ne peux pas comprendre, ça te dépasse… Tu n’es pas un homme marié pour rien… Tu te crois tellement nécessaire que c’en est touchant, parfois…
 
Après la soirée, tu es venu me rejoindre, vers 2 heures du matin et on s’est aimé jusqu’au petit jour. Lorsque tu t’es enfui, j’avais encore mes faux cils, des paillettes sur les joues et mon étroit bustier doré. Tu avais insisté pour dévorer des guimauves sur mon ventre tendu de nullipare. Amoureuse, j’étais heureuse de t’avoir trouvé une assiette à ton goût et moi que les sucreries écoeurent, je me réjouissais par osmose de ta gourmandise de bon aloi! Ton plaisir est contagieux.
Car j’aime te voir manger : Que ce soit pour laper une soupe ou dévorer à belles dents un steak ou un éclair au chocolat.  Je me régale de ton appétit et j’aime l’éclat brutal de tes dents de loup, brillant sous tes babines. Tu as assez d’estomac pour deux…
 
Héloïse termina son moka en trempant le dernier bout de croissant dans le concentré tiède et un peu visqueux qui nageait au fond du gobelet. Une goutte glissa le long de son menton. Elle l’essuya d’un doigt glacé.
C’est cet appétit qui te fait croire sans doute que tu es capable d’aimer plusieurs femmes à la fois. En effet, tu as cette générosité de cœur, cette légèreté de sentiment qui doivent rendre facile le difficile équilibre de les aimer également. Oui, je dois te faire la grâce de le croire . Tu nous aimes également. Pourtant tu n’en trompes qu’une, et en cela tu ne nous traites pas équitablement. L’une sait, l’autre pas. Mais je n’envie pas son bonheur ignorant. Je ne te demande pas de la quitter non plus… J’aurais trop peur de perdre à ce jeu-là et si même tu le faisais, rien ne me dit que ce ne serait pas finalement pour une troisième larronne…
 
Pardonne-moi ! Je suis injuste ! Je m’inquiète et tu me manques… Quel droit ai-je de m’irriter de ton absence alors que je n’ai jamais pu t’offrir que des moments brefs et sans avenir ?!
Même si le titre d’épouse semble aux autres plus précieux, celui de ta concubine ou même de ta putain m’est mille fois plus sacré : car en le portant c’est toi, toi seul, que j’aime et que je recherche, non tes biens, ton argent ou le statut attaché au titre de ton épouse.  Celle qui cherche à épouser un homme pour son profil social ou ses biens, celle-là regrettera un jour de ne pas s’être vendu à un acheteur plus généreux. C’est de mon éponyme : l’Héloïse d’Abélard. Moi non plus, je n’ai jamais été à vendre et c’est pourquoi je déboute inlassablement tes offres de cadeaux. Pire même, je n’ai accepté de me laisser inviter au restaurant que depuis que j’ai compris à quel point mon refus te blessait.
 
Je n’ai jamais désiré être la femme de personne ; je n’appartiens à personne. Et comment exiger que tu quittes ta femme, alors que je n’ai rien à te donner en échange : ni mariage, ni enfant ? A seize ans, j’avais peur de toi, tu sais ! Peur de ce que tu attendais de moi, peur de ce que je ne me sentais pas prête à promettre. C’était trop tôt, trop vite, trop sérieux. Alors j’ai pris mes distances, mais c’est toi qui est parti. C’est drôle que dans ton souvenir, c’est moi qui t’ai quitté…
 
Tu m’as demandé plusieurs fois avec qui je t’avais « trompé » !
« Je ne t’ai pas trompé, ai-je répondu, j’ai donné ma virginité à un autre parce que la perdre avec toi aurait été trop décisif, trop compromettant, si tu me permets cette expression… » Je sais que tu ne comprendras pas… Mais écoute-moi: Si nous avions seulement couché ensemble, nous aurions sans doute fini par nous marier !
Tu t’étonnes : « C’était donc si affreux de m’épouser ! »
 
Tu ne comprends pas, je sais bien… Ce que je veux dire – et cela semble encore plus absurde aujourd’hui après toutes ces années  – c’est que je me voyais trop bien mariée avec toi : Un compte commun, une bonne fournée d’enfants aux joues roses, des parties de campagne chez Lise et Sandro, des ballades à vélo en famille… Vacances à Va… chez tes parents et puis sans doute la carte d’un club de tennis huppé…
 
Je voyais tout ça et j’ai pris peur. Mais bien sûr, comprends-moi : en soi, il n’y a rien à redire à tout cela .Ce n’était simplement pas pour moi ! J’avais des choses importantes à découvrir, de vieux grimoires à déchiffrer, des pays lointains à visiter… Ne le prends pas mal – et après tant de temps, comment pourrais-tu ?- mais je ne voulais lier ma destinée à personne. Surtout pas à quelqu’un dont j’aurais pu devenir vraiment folle… Toi, tu m’aurais fait perdre le cap. Alors j’ai choisi – pour devenir une femme- un amant agréable et sans dangers, un garçon qui me plaisait mais dont je ne risquais pas de tomber amoureuse. Sans risque d’attachement , il n’y a pas de possibilité de déraillement ! Quelqu’un que personne n’a jamais soupçonné.
Comme d’habitude, j’ai pesé le pour et le contre et j’ai tracé ma ligne de conduite en fonction d’objectifs bien précis. Je ne voulais en aucun cas me retrouver mariée simplement parce que j’avais décidé d’abandonner ma virginité. Or avec toi, je n’étais pas sûre de pouvoir conserver mon libre-arbitre. J’étais une étudiante studieuse et cynique, ambitieuse et ignorante, et je n’en revenais pas de ce que tu déclenchais en moi ! J’étais effrayée…
 
Héloïse posa son stylo en travers de la lettre. Sa respiration se fit plus rapide. Elle saisit son portable et rechercha le fil des textos de son amant : lentement, elle les fit défiler sur le petit écran :
T’ai-je assez dit que je t’M ? J’ai envie de toi depuis si longtemps que je ne serai jamais rassasié. Dis-moi que tu m’M… M
 
Ta peau me manque. J’ai faim de toi : de tes lèvres fondantes, de tes petits seins moelleux. Viens vite. M.
 
Je viens ce soir. Sois seule et nue. J’apporte les éclairs au chokola. T’M.
Ses textos, elle les recevait comme un baiser dans la nuque, comme une caresse au creux des reins ; une main qui s’envole et atterri exactement où il faut. A bout portant. Elle les aimait précis, courts, lubriques parfois… Elle les provoquaient, les dévoraient, s’en rassasiait entre leurs rendez-vous.
 
T’ M.C’est ainsi qu’il signait ses textos. Cette lettre puissante, à hauts jambages représentait pour elle comme la calligraphie d’une montagne ou d’une vallée. Un clin d’œil dans l’alphabet. AIME. Une lettrine gracieuse qui se trouve au début de ses mots favoris : Le mot Mot, le mot Maison, le mot Montagne. Merveille. Magnifique. Mâle et Mal aussi, hélas…
Son prénom était son mot préféré de la langue française. Elle se souvenait de l’avoir crié un soir, à seize ans, du haut de sa fenêtre, juste pour l’entendre !
 
 
« Alors, je t’entends dire : Tu m’as trompé en fait parce que tu étais trop amoureuse de moi pour coucher avec moi ! »
C’est un peu ça. A l’époque, il m’a semblé que je prenais la décision la plus saine… Je reconnais que j’ai du mal à trouver tout cela objectivement raisonnable aujourd’hui. Pourtant je suis toujours la même. On change très peu somme toute.
 
Pas plus aujourd’hui qu’hier, je n’ai envie d’appartenir à quiconque.
Je n’ai pas envie que tu sois dans ma vie comme un meuble ou un chien. Je n’ai pas envie d’être dans la tienne comme une promesse ou une contrainte. Je ne veux rien qui nous lie : Je veux que tu puisses me choisir chaque jour, que chaque jour tu renouvelles cet élan qui te fait m’envoyer des textos érotiques ou des gerbes de fleurs.
Car tu es romantique et passionné, impulsif et conventionnel : un alliage toxique qui mène au mariage ou au désespoir.
Mon cher Amour, ce que j’ai commençé à écrire comme une lettre d’amour serait en fait une lettre de rupture ! Comment te le dire ?! Comment trouver le courage d’assumer cette responsabilité ?… Comment trouver le courage qui me manque ?..
 
Je t’aime et je te quitte. Je pars parce que l’un de nous doit prendre cette décision et que ce ne sera pas toi. Je sais depuis le début que tu ne quitteras jamais ta femme et tu n’as pas dit le contraire .Tu dirais même sans doute : « Je ne quitterai pas Hélène et les enfants, même pour toi, même pour le plus fort amour de ma vie car ils sont aussi ce que j’ai connu de plus fort en amour. Si je le faisais, je serais malheureux, je le sais, très malheureux et même toi tu n’arriverais pas à me rendre le bonheur. J’aurais donc rendu très tristes les  personnes qui me sont les plus chères au monde ! Quelle réussite, vraiment ! »
 
Mais que diras-tu, si je romps?  « Tu me quittes une fois de plus…  Et une fois de plus, tu dis me quitter parce que tu m’aimes trop… Peux-tu m’aimer un peu moins et que l’on continue à se voir ?!.. ». Si je romps… Comment aurai-je ce courage ?!
Héloïse eut un sourire très triste, très las. Le dernier train de la journée en provenance de Montpellier venait d’entrer en gare. Elle regarda rêveusement les passagers se déverser sur le quai comme une fourmilière dans laquelle on vient de donner un géant coup de pied. Elle ne descendrait pas sur le quai.
Elle offrit une caresse tendre au petit chien bouclé, attrapa son sac et se leva pour partir. Peut-être qu’elle adopterait un chien…
Une voix la héla doucement et elle rencontra en se retournant le visage très doux et les yeux rieurs qu’elle venait de renoncer à aimer :
« Vous oubliez votre lettre, Madame ! Disait sa voix familière et soudainement très proche : Vous écriviez en m’attendant ? »
FIN

La lettre d’amour

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La lettre d’amour


 

Paris, le …  juillet 2008

 Cher M.

 J’ai choisi une table au soleil pour t’attendre et les rayons m’enveloppent d’une chaleur délicieuse mais comme la journée démarre fraîchement, mes doigts sont glacés : j’ai besoin de m’arrêter d’écrire constamment pour les réchauffer contre le bol de chocolat.

Héloïse posa son stylo pour tremper ses lèvres dans la boisson fumante. Elle regarda sa montre. Il était 10h. Le train n’arrivait pas avant 10h20. Elle reprit sa lettre avec une émotion grandissante. Elle craignait soudain absurdement que ces vingt minutes ne paraissent bien courtes tant l’anticipation de cette arrivée remplissait chaque seconde d’une ivresse étourdissante. Elle sentait son cœur battre dans sa gorge.

Tu m’a quittée trop vite la dernière fois et je me suis surprise à penser à toi bien plus que je ne l’aurais voulu. Depuis nos retrouvailles, tu sais combien j’ai essayé de garder mes distances. J’ai cru que cela dépendait de moi…

 Elle mâchouillait une mèche de ses cheveux et le stylo avait quitté la page, comme effrayé par ce qu’il venait d’y poser. Elle ferma les yeux pour revoir le visage de M., son demi-sourire lorsqu’il la quittait, au petit jour, sur le seuil de l’appartement. Elle cherchait une affirmation, une garantie dans ce sourire. Le stylo reprit sa course sans attendre. Poussé par les battements de son cœur.

Seras-tu fâché de me voir là, à t’attendre sur un quai de gare ? Il y a des hommes qui n’aiment pas les surprises… J’ai longuement hésité avant de venir et j’ai encore une vague peur, un sentiment de culpabilité que je n’arrive pas à semer et qui me suit avec une insistance de chien de garde… Devais-je attendre sagement que tu m’appelles ? Seras-tu surpris ravi, ou surpris tout court de me trouver ici ?..

Mais j’ai du mal à t’imaginer en colère. J’ai ton sourire  devant les yeux et ce regard mi-figue mi-raisin,  lorsque tu es parti pour le midi il y a déjà 15 jours. Quinze longs jours durant lesquels, bien entendu, il n’est pas question d’entendre ta voix. Rien à se mettre sous la dent, à part deux ou trois petits textos coquins qui m’arrivent au beau milieu du labo pour me faire monter le rouge aux joues et que je sors déguster en cachette comme un alcool illicite.

 Je me remémore le début de notre histoire –  Nos retrouvailles, il y a un an presque jour pour jour chez  Lise et Sandro.

Mais était-ce seulement le début ?…

 J’étais allée à ce déjeuner en traînant la patte, convaincue de n’y retrouver que des amis en couple ou mariés, les flopées d’enfants habituelles et les questions qui sont devenues de plus en plus fréquentes : « Et toi, éternelle célibataire ! Tu n’en as pas marre, un peu, d’être seule? » Non, j’aime ma solitude, la créativité qu’elle me permet de cultiver ; non, les enfants ne sont pas un besoin. Bien sûr que j’aime les enfants, j’ai des neveux merveilleux. J’adore mon métier dans la recherche, vous savez et non  je ne vous envie pas les sacrifices de vos ambitions négligées…

 Bref, j’étais venue et je me tenais assise seule sur un coin de pelouse lorsque tu es arrivé :

« Quoi ? Tu es là, toi ? Héloïse ?! Je n’y crois pas ! Quelle surprise ! »

Alors tu m’as regardé d’un regard que je ne t’avais pas connu, que tu avais sans doute pratiqué sur d’autres femmes mais qui dans tes yeux paraissait incongru. Tu m’as gratifiée d’un long regard approbateur sous lequel j’ai fait ce que font probablement toutes les autres : j’ai senti mes paupières papillonner légèrement. Première erreur.

Tu t’es assis ou plutôt tu t’es allongé à mes côtés sur la pelouse et nous avons échangé quelques mots un tantinet guindés. Puis ton téléphone portable à sonné et avec un petit signe d’excuse, tu l’as pris en te levant d’un mouvement souple:

« Oui, Hélène, je viens d’arriver… Tu te sens mieux ? Non, ne t’en fais pas, Lise comprend très bien. Elle t’embrasse et elle te dit de rester couchée. Conseil de médecin !

Pardon ?… Ah, il fait un temps splendide, on a de la chance, la pluie s’est arrêtée après Chantilly. Et tu ne devineras pas qui je viens de rencontrer ici : Héloïse ! Mais si, on était au collège ensemble ! Tu la reconnaîtrais tout de suite… Bon. Oui, repose- toi ma chérie. OK. Je te laisse. A tout à l’heure. ».

 Tu es revenue vers moi, un sourire épanoui sur le visage et tu m’as dit :

« Toujours aussi belle ! »

Trois petits mots idiots, trois petits mots éculés mais trois petits mots magiques.

J’ai aussitôt pensé à notre toute  première rencontre, il y a de cela des années, au collège Montaigne de Bordeaux. Tu avais des lunettes et en cours de Français, tu me regardais avec des yeux de merlan frits. Aujourd’hui tu n’as plus de lunettes et tes cheveux un peu longs sur les oreilles  ont pris la teinte de l’argent. J’ai pensé exactement ça : Il a pris l’assurance de l’argent. Mais même cette pensée n’a pas suffi à m’éloigner… Deuxième erreur.

 Tu t’es rassis près de moi et on a parlé de ces années-là. Ces années – tu m’as avoué avec un petit rire- durant lesquelles « on était tous amoureux de toi, tu sais » ! Eh bien non, je ne savais pas ! Ah !… Si j’avais su ! Je vous aurais encore plus emmerdé ! On en a ri ensemble, j’ai demandé des noms et tu m’as traité de coquette :  « Tu es vraiment bien toujours la même ! Tu nous rendais fous avec tes caprices… »

L’après-midi est passé si vite que j’ai été surprise soudain de voir le soleil se coucher derrière les grands cèdres. Tu m’as offert ta veste pour couvrir mes épaules nues. Ta belle veste en poils de chameau, lustrée par les années. Elle sentait le vétiver et cette odeur douce-amère de ta peau que je n’avais pas encore redécouverte.

Mais lorsque tes doigts, par inadvertance, ont frôlé ma nuque, ils ont envoyé une légère charge électrique jusqu’au bas de mon dos. Je peux bien te dire que ça me faisait tout drôle de te revoir…

 Héloïse prit une gorgée de chocolat tiède et amer, et fit une grimace de plaisir. Elle se sentit parcourue par la même émotion physique que celle qu’elle évoquait, à la fois douloureuse et intensément désirée. Elle défit son chignon, attrapa ses longs cheveux à deux mains et les tordit entre ses doigts tout en remettant la grosse pince en place. Elle maintenait toujours ses cheveux attachés au labo, pour des raisons de sécurité et d’hygiène évidentes. C’est peut-être pour ça qu’elle avait l’impression d’être déjà nue lorsqu’il la regardait les dénouer pour lui et dans l’intimité. Elle voyait dans ses yeux à chaque fois combien il aimait ce geste.

C’était vrai que cela faisait drôle de se revoir après tant d’années mais le plus inattendu était que son émotion était revenue, intacte, lui rebondir entre les épaules, comme une balle de ping-pong ; comme si rien n’avait eu lieu dans l’intervalle.

 AH ! Il est 10 :18 à l’horloge et ton train doit entrer en gare. J’entends qu’on l’annonce… Je suis partagée, vois-tu, entre l’envie de courir vers le quai numéro 4 pour me jeter dans tes bras et celle de prendre mes jambes à mon cou… Mon cœur bat la chamade comme une gamine. On devrait pouvoir maîtriser ça à mon âge, mais dès qu’il s’agit de toi,  je réagis comme si j’avais encore 16 ans. Et ça n’est pas le pire : comment t’aborder ? Dégagée : J’étais dans le quartier par hasard et j’avais besoin d’un journal ; candide : C’est donc bien aujourd’hui que tu arrives ?! ou hypocrite : Je viens de déposer mon neveu dans le TGV pour Bordeaux, quelle coïncidence !

 Que vas-tu penser de moi ?! Que je suis folle ? impulsive ? amoureuse ? Les trois, mon capitaine. Alors je m’en vais me jeter, et v’lan, en plein dans la gueule du loup…

 

Héloïse saisit son sac et couru vers l’escalator, ses talons claquant derrière elle. Elle arriva un peu essoufflée sur le quai numéro 4 tandis que le train 4560 en provenance de Montpellier entrait en gare. Un jeune homme sauta d’un wagon juste devant elle et enlaça une toute jeune fille dont la queue-de-cheval oscilla au rythme des baisers reçus et donnés. Héloïse recula et se mit un peu à l’écart pour voir sortir les passagers. Beaucoup retrouvaient un parent ou un ami après un congé estival et certains enfants ramenaient d’énormes bouées ou des sauts de plage, amarrés sur les bagages. Elle regardait avidement chaque visage avec l’espérance redoutable de rencontrer son regard dés qu’un nouveau passager descendait. Le quai se vidait peu à peu et elle se mit à courir le long des wagons, inspectant chaque fenêtre. Toute tête entrevue lui faisait battre le cœur. Mais de siège vide en siège vide, elle arriva en bout de train. Lorsqu’elle eut la conviction que tous les wagons étaient évacués, elle ralentit le pas et rebroussa chemin. Par esprit de système plutôt que par conviction, elle continua de faire à l’envers l’inspection des mêmes fenêtres. Elle hésita, un peu perdue, devant la locomotive. Puis elle tourna les talons, sans direction bien définie. Elle marchait pesamment maintenant, les traits relâchés, la tête basse et il aurait été difficile de reconnaître, à sa démarche, l’amante impatiente qui était descendue sur le quai un quart d’heure plus tôt.

Pourquoi n’étais-tu pas dans le 10h20 ? Seras-tu dans le 11h40 ?!

Qu’est-ce que je fous ici ?! Cette attente me fait trop mal… J’ai peur, je souffre, j’ai des envie de pleurer ou de crier… Je ne suis plus moi-même et j’en souffre tellement !

As-tu changé d’avis ? As-tu été retenu ? Non, non, non. Je ne te fais aucun reproche… Je n’aurais pas cette impertinence. Je sais que je n’ai aucun droit sur toi, sur ton emploi du temps. Je n’ai pas même droit à ta compassion ; à ton remords encore moins…. D’autant tu ne m’avais pas dit de venir. C’est par hasard que j’ai appris l’heure de ton retour… Tu as pu aussi bien prendre un autre train. C’est ta décision, purement et simplement ! Et moi là-dedans ?..

Alors je suis allée m’asseoir sur un de ses bancs qu’on trouve dans toutes les gares et où se sont assis tant de gens un peu largués, un peu perdus, un peu déçus. Je suis en bonne compagnie, tu vois…

 On peut être ridicule quand on aime, mais on ne l’est pas quand on souffre. C’est du Musset. Sais-tu que tu étais mon premier baiser ? Contre le coin dur du baby-foot et pendant que le juke-box se lamentait sur « Ses yeux couleur menthe à l’eau »… Entre une heure de perm et un cours d’histoire… Souvenir épinglé comme un beau papillon au fond de ma mémoire et qui ressurgissait là, lors d’un déjeuner à la campagne. Traître et ensorcelant,imprécis sans doute et combien dangereux !

 

La pensée d’Héloïse était maintenant repartie vers ce déjeuner champêtre qui les avait réunis, il y a un an déjà dans la maison de famille de Lise et Sandro. Une maison où la ramenaient bien des souvenirs de week-ends étudiants et de fins d’examen célébrées en musique. Après le déjeuner, Lise était monté se reposer avec un ou deux de ses petits et quelques groupes s’étaient éparpillés sous les arbres pour bavarder dans l’ombre ou piquer une sieste dans le silence ponctué de grésillements de frelons. L’après-midi pour eux avait pris la lenteur de la mémoire parcourue et en se questionnant l’un l’autre, ils avaient eu le plaisir de sentir une grande proximité s’établir entre eux. Héloïse se sentait glisser comme Alice dans le terrier du lapin et tous leurs efforts pour secouer la torpeur rêveuse qui les avait saisis semblaient vains.

Ils se promenaient ensemble sous les arbres centenaires du parc ; au-dessus d’eux, les pipistrelles faisaient déjà vibrer la pénombre de leurs ailes frénétiques. L’ombre du soir, en enveloppant toute chose et en les isolant mieux, rendait la résistance encore plus ardue. Il avait pourtant semblé surpris lorsqu’elle lui avait demandé un baiser.

A SUIVRE 🙂